Livre Fantome #27

Il accumule les mots dans son carnet. De ces notes, O. réussira à tirer un poème, Last call for Poetry. Double deuil. Celui de Lys mais également celui de la poésie. Deux muses, deux tyrannies :
« Tout serait plus simple si je ne t’aimais pas », m’avais-tu glissé un jour.
Accusé des maux qui font souffrir,
j’étais,
dans ton délire paranoïaque,
où le moindre signe faisait sens,
le préposé au Malheur,
celui qui t’a enrôlé,
de force,
dans notre histoire.

des comme Moi, te plaignais-tu, tu n’en avais jamais connu avant,
Tu te rêvais impression de lumière,
Quand je ne voyais qu’un être cher,
aux charmes indociles,
à l’âme capricieuse.

Mes yeux avaient beau se méfier,
c’est ma peau qui s’est mise à t’aimer,
les images attractives ont ceci de particulier,
qu’avec leurs milles facéties,
elles m’ont frappé
de leur magie contagieuse.

Quand le trouble animal de mes envies câlines rencontra la joie végétale de ton expression féline,
j’avais déjà renoncé à l’amour,
Mais pas à sa morsure.

Si nos mains peinaient à se frayer un continent,
nos peaux se sont prises à rêver d’un destin en commun. J’ai voulu
te rejoindre,
de l’autre côté du miroir,
qui me tenait loin de toi et qui me renvoyait,
froids et armés,
durs ou calcinés,
mes mots en pleine figure.

Mon cœur, tu ne connaissais que trop bien les chemins de l’exode,
Moi,
je voulais simplement te retenir dans mes bras,
et te faire adopter,
le pli,
de la vie à deux. « À trop aimer, disais-tu, on perd sa liberté ».
Il n’y avait pas de place pour Nous dans cette histoire,
Car nous nous disputions la même chose - ton attention.
D’écarts de langage en écarts amoureux,
notre amour s’est tissé de nos mutuelles incompréhensions.
Puis ce sont tes instincts égoïstes
qui ont fini par l’emporter,
sur moi et mon entêtement matois.

J’avais peut-être le sens de la formule,
mais plus le goût du sacrifice.
Et,
tel un hydre à deux têtes,
dont on aurait coupé la tête,
je me soigne,
en gommant à l’aide de mon pouce,
les contours de ton sourire,
du siège de ma mémoire.