Livre Fantome #8

Il n’est jamais tout à fait né, et c’est ce que son cœur s’entête, enfant, à lui rappeler. Il appartient à la nuit d’avant la naissance. Au dehors, à la lumière, il y a trop peu d’amour pour lui. Il ne trouve pas sa place entre ses parents. Il n’arrive pas à provoquer davantage d’amour que celui, mutuel, qu’ils se portent. Ce dont il a peur, c’est de mourir et de les décevoir. Mourir, ce serait les couvrir de sa honte. Il ne veut pas devenir l’agneau sacrificiel offert à des Dieux tempétueux pour que le monde reste monde, un lac serein, fermé sur lui-même, dans sa douce perfection.
Et même s’il n’y a plus de Dieux, il y a des parents, dieux des univers domestiques. Et même s’il n’y a plus de Dieux, il y a des pères, qui veulent tuer leurs fils. C’est pour cette raison que la guerre fut inventée : divertir les pères, sacrifier les fils.